Gérer les risques aujourd'hui et demain

Systèmes de sécurité intelligents et connectés : entre ubérisation et scalabilité

26-10-2016

A condition de soigner les architectures réseaux, les systèmes de sécurité connectés peuvent faire converger contrôle d'accès, détection d'intrusion et vidéosurveillance. Sur ce socle, les utilisateurs peuvent espérer envoyer la bonne information au bon moment et à la bonne personne. mais avec le cloud, changement de décor : l'intelligence des systèmes ne va cesser de croître et, en même temps, ubériser les petits installateurs au profits des plus grands opérateurs.

ce nouveau disque dur offre un taux
transfert de données impressionnant
de 315 Mo/s. © Seagate Technology
L'ère des systèmes de sécurité en silo a fait son temps. Certes, pris isolément, chaque sous-systèmes offre de fiers services... mais dans son coin. Les capteurs périmétriques détectent les intrus, les caméras fixes, voire mobiles avec les drones, donnent accès à la levée de doute même sur smartphone ou tablettes. Cependant, face à l'intensification des menaces, l'approche en silos révèle ses limites : « On a des caméras aveugles, sourdes et sans mémoire, déplore Dominique Legrand, président de l'Association nationale de la vidéosurveillance (AN2V) qui n'en décolère pas. Le week-end dernier, dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune conducteur à l'alcoolémie de 1,85 g/l a provoqué un accident mortel à Lyon au carrefour du cours Vitton et de la rue Garibaldi. Il y avait bien une caméra de vidéosurveillance qui filmait... mais elle n'enregistrait pas ! A quoi sert-elle ? » Une chose est sûre : la sécurité réclame des systèmes intelligents et communicants, socles de l'interaction.

Optimiser les architectures

A commencer par les technologies de compression des images vidéo comme WiseStream de Hanwha. « La combinaison de WiseStream avec la technologie d'encodage H.265 permet de réaliser 75% d'économie en bande passante par rapport à la technologie H.264 actuelle, explique Jamel Djebari, directeur France chez Hanwha, un groupe coréen spécialiste des explosifs qui s'est récemment tourné vers les solutions de sécurité en rachetant Techwin de Samsung Group. Cette technologie contrôle dynamiquement l'encodage et ajuste la qualité ainsi que la compression en fonction des mouvements de la vidéo. » Dans la foulée, Hanwha prévoit de lancer de nouvelles caméras Wisenet P 4K, Wisenet Q et caméras Full HD 2 Mpx et 4 Mpx qui feront partie des plus économes en bande passante du marché. De son côté, DigiSys annonce pour Expoprotection 2016, des solutions économiques dans le domaine de la transmission IP sur câble coaxial et non pas seulement câbles Ethernet. « Avec ces produits, inutile de passer de nouveaux câbles pour accéder à IP », souligne Philippe Dalsass, DG de Digisys qui, par ailleurs, propose une nouvelle version de son VMS (Video Management System), baptisé Vidéo Security Center 5.0. Lequel offre la compatibilité avec les caméras Q6000 d'Axis Communications, la gestion de l’audio des caméras IP UTC ainsi que la prise en charge des fonctionnalités analytiques embarquées dans les caméras TruVision d'Interlogix. Autre élément critique de la performance des architectures de vidéosurveilalnce, les disques durs. A cet égard, Seagate Technology vient de lancer le Enterprise Performance 15K HDD v6, le disque dur le plus rapide et le plus performant du secteur. Avec une capacité de stockage pouvant atteindre 900 Go, il offre un taux de transfert des données en continu de 315 Mo/s contre 210 Mo/s pour son disque jusqu'ici le plus rapide, le SV35 Series. De quoi accélérer les transferts d'image pour traitement analytique.
L'application MaxPro de Honeywell.
© Honeywell
Le bénéfice des interactions qu'offrent les systèmes intégrés

Autre pilier des systèmes intelligents et communicants, le développement des systèmes intégrés qui font interagir détection d'intrusion, contrôle d'accès et vidéosurveillance. L'intérêt ? « Plutôt que de rechercher la preuve d'un événement, c'est de le gérer en temps réel grâce aux interactions. Par exemple, le soir, on met le site sous alarme le soir et on actionne la centrale anti-intrusion. Si une intrusion est néanmoins détectée, le système envoie l'information au système vidéo, explique Sylvie Gauthier, responsable des ventes pour la partie sécurité de Honeywell Security & Fire France. Du coup, la caméra la plus proche va enregistrer la scène et alerter par un pop-up le PC de télésurveillance ou le PC de l'entreprise. Immédiatement, l'agent de sécurité visualise en temps réel ce qui se passe. Il peut alors déclencher la consigne prévue en cas d'intrusion. Sans ces interactions, il pourrait être obligé de se déplacer pour une simple fausse alarme... »

Historiquement, le canal de l'intégration passe souvent par un superviseur. L'intégration se fait au travers d'un superviseur comme ceux des spécialistes tels que Eryma, Genetec, Milestone, Prysm, Saretec, SeeTec ou Siemens (qui a revendu cette activité à Vanderbilt). Ou ceux des constructeurs tels que Avigilon, Bosch, HIK Vision ou Honeywell. « Le nôtre s'appelle Win-pak. Au départ, il gère le contrôle d'accès. Mais c'est le ''commandant en chef'' qui établit des communications bidirectionnelles d'un univers à l'autre avec Galaxy (détection d'intrusion) et MaxPro (vidéosurveillance), détaille Sylvie Gauthier. Sur Win-Pak, il y a des plans qui géo-référencent les éléments de sécurité : détecteurs, les caméras, boutons poussoirs... En cas d'intrusion, l'agent de sécurité géolocalise le problème. Comme il est dans l'urgence, il doit disposer de consignes claires à appliquer sur le champ. Comme, par exemple, une levée de doute immédiate et l'enregistrement vidéo. »
La bonne information à la bonne personne au bon moment

Reste à mettre en évidence les alarmes déclenchées par les caméras sur les murs d'écrans dans les PC de sécurité et les centres de télésurveillance. Lesquels gagneraient à être optimisés en termes de qualité d'image, de délais de latence mais aussi d'ergonomie. En effet, les agents de sécurité doivent, en général, concentrer leur attention sur plusieurs dizaines de caméras. Mais au bout d'un certain temps, ils perdent en réactivité. D'où l'intérêt de l'Active Wall (en français Mur actif) du français Komanche. « Notre système aide les opérateurs à se focaliser en priorité sur des événements jugés suspects  », indique Xavier Fery, le dirigeant-fondateur de la PME, basée à Saint-Ouen (93). Le principe de l'Active Wall est à la fois simple et innovant. Lorsqu'une caméra, définie comme prioritaire, détecte un événement, comme le franchissement non autorisé d'une ligne d'intrusion sur une zone sous surveillance, l'image s'affiche automatiquement en grand écran sur un des moniteurs. L'agent est également alerté par un buzz sonore.

Point fort, la caméra va déclencher une alerte sur un dôme PTZ qui se focalisera automatiquement sur la zone concernée. L'agent pourra alors piloter le dôme et analyser la scène sur un second écran. De quoi gagner un temps précieux. En outre, ce système peut gérer 250 images. En effet, chacun des écrans visualise 4 caméras natives en 1920*1080 (Full HD) sans décompression et perte de données. Le flux des caméras arrive sur un boîtier connecté à un écran. Le paramétrage des flux prioritaires et leur hiérarchisation s'exécute à l'aide d'un boîtier maître. Le système Active Wall admet des images de 2 et 6 mégapixels. Originalité, Active Wall est dérivé d'une technologie issue du cinéma numérique qui a mobilisé 18 ingénieurs informatiques pendant deux ans et qui a été adaptée aux métiers de la vidéoprotection en mobilisant, cette fois-ci, 10 ingénieurs pendant six mois en partenariat avec la société h.265 qui est spécialisée dans les technologies du broadcast. « h.265 est à l'origine de la technologie », rapporte Xavier Fery qui a noué en début d'année un partenariat avec Spie pour le déploiement de ses solutions.
La sécurité intelligente dans le cloud
risque d'ubériser les petits installateurs.
© Honeywell Fire & Security
La montée en puissance du cloud va ubériser les petits installateurs

Depuis quelques mois, les éditeurs de VMS et constructeurs d'équipements de vidéosurveillance essaient d'orienter le marché vers de nouvelles solutions cloud. L'air de rien, on peut s'attendre à une révolution aussi importante que celle de la vidéo sur IP. Intérêt majeur pour l'utilisateur final : « Être informé en temps réel des alertes et accéder à la mobilité sécurisée sur smartphone », analyse Sylvie Gauthier de Honeywell qui, il y a quelques mois, a commencé à commercialiser une offre cloud aux États-Unis qui sera lancée en France avril 2017, incorporant le contrôle d'accès et la vidéosurveillance. Le constructeur américain ne se contente pas de juste sauvegarder les données vidéo à distance dans un Data Center. « Le cloud garantit à l'utilisateur une véritable continuité de service. C'est important car une des premières choses que font les cambrioleurs, c'est de neutraliser l'enregistreur vidéo, reprend Sylvie Gauthier. L'utilisateur final pourra accéder à des fonctionnalités de gestion assez fines à partir de son simple smartphone. Ce qui convient, par exemple, au dirigeants de petites chaînes de 10 à 15 magasins disposant de 4 à 5 caméras et 2 ou 3 accès sécurisés. »

En effet, il va disposer d'une cartographie avec la géolocalisation de ses points de vente et, sur chaque site, l'information sur le statut de telle ou telle caméra... C'est un mini PC de surveillance accessible sur smartphone qui permet aussi de gérer à distance le contrôle d'accès. Notamment pour limiter la zone de stockage à certaines personnes et à certaines heures de la journée. Idem bureau du manager du magasin. « Fin 2017, nous irons encore plus loin : dès que le cambrioleur pénètre par effraction, la caméra est activée et l'alarme est envoyée à un administrateur préalablement défini. Lequel sait immédiatement que l'effraction se situe dans tel magasin, par la porte arrière ou la fenêtre du premier étage. Il en aura le film complet », décrit Sylvie Gauthier. Est-ce là une nouvelle forme d'ubérisation des petits installateurs de solutions de sécurité ? Très certainement.

Pour sa part, le canadien Genetec poursuit depuis 4 ans ses développements en matière de solution cloud. « Nous sommes en train de passer des accords commerciaux avec de grands opérateurs télécoms (Telcoes) en Europe afin de distribuer des offres de sécurité managées à destination des TPE et PME, dévoile Jean-Philippe Deby, responsable pour les solutions Cloud de Genetec en Europe qui réalise déjà 10% de ses ventes, mondialement, avec des produits et services cloud. De la même manière qu'ils savent vendre aux petites entreprises et aux artisans des produits cloud comme Office 365 ou un autocommutateur privé virtuel, les Telcoes sauront distribuer des services de sécurité. Au Pays-Bas, nous avons testé avec succès le marché cloud avec des Telcoes qui ciblent les artisans, TPE et PME. Cependant, les plus gros projets resteront l'apanage des sociétés de sécurité. »
La puissance scalable du cloud va débrider
les imaginations en matière de service.
Recouper les informations à l'échelle d'un pays
est intellectuellement envisageable. © Genetec
La puissance élastique du cloud permet d'envisager des services de plus en plus intelligents

Il n'empêche. Le cloud fournit les moyens de lancer de nouvelles offres professionnelles comme on lance des apps. Citons ainsi Clearance de Genetec qui propose un espace de stockage pour centraliser toutes les preuves digitales liées à une même affaire aussi bien un hold-up qu'un accident de la route. « La plate-forme enregistre les rapports de police en Word ou PDF, les vidéos mobiles, celles des caméras fixes de vidéosurveillance... Chaque pièce est renseignée avec des méta-données pour faciliter les recherches ultérieures et faire des recoupements, expose Jean-Philippe Deby. L'avenir, c'est de rajouter l'analytique dans les services cloud. Par exemple, la détection de visages comme sur les smartphones afin de recouper différents visages dans différents événement, de la photo jusqu'à la vidéo. » Dans cette optique, l'éditeur canadien de VMS, qui héberge ses solutions cloud dans le système Azure de Microsoft - lequel dispose d'un algorithme d'analyse du visage - imagine des service de surveillance intelligente au des aéroports où l'on peut extraire un visage parmi des centaines.

A la différence des systèmes de sécurité installés sur un site donné, la puissance du cloud est particulièrement élastique. C'est-à-dire que la puissance en processeurs, espace de stockage et bande passante est extensible quasiment à l'infini - à condition d'y mettre le prix - chez les très grands opérateurs comme Amazon Web Services (AWS) ou Microsoft Azure. Cette ''scalabilité'' débride les imaginations. « Sur la base des systèmes de lecture des plaques d'immatriculation (Lapi), de nouveaux algorithmes vont interpréter ce qu'il faut comprendre de la vitesse des véhicules. Par exemple, dans le cas d'un hold-up dans une bijouterie, on repérera les images des voitures qui roulent beaucoup trop vite. Inversement, la nuit, on détectera les voitures qui circulent trop lentement. Elles pourraient être en repérage », poursuit Jean-Philippe Deby.

A terme, un nouvel écosystème se mettra en place pour collecter et partager des volumes de données de plus en plus massifs, les analyser avec des algorithmes de plus en plus fins, intelligents et auto-apprenants. Pour sa part, Genetec gère déjà 180.000 caméras pour le distributeur américain Target. De là à imaginer des systèmes de recoupement d'affaires à élucider à l'échelle d'un pays, il n'y a qu'un pas. A condition que suivent les réseaux et les réglementations...

Erick Haehnsen

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