Gérer les risques aujourd'hui et demain

Gare aux risques électriques

27-11-2017

Susceptibles d'entraîner la mort par électrocution ou de causer de graves blessures, les risques électriques ne sont pas spécifiques aux électriciens. Ils peuvent concerner toute personne appelée à entrer en contact avec un appareil sous tension. Pour les employeurs, il existe un cadre réglementaire à respecter, notamment en termes de formation. Sans compter les équipements individuels de sécurité et les équipements de protection individuelle à porter.

Les salariés appelés à travailler sur une installation
électrique doivent avoir une habilitation signée
de l'employeur. © Legrand
Attention danger ! Le manque de formation et d'organisation du travail cause chaque année des milliers de victimes de blessures par contact avec le courant électrique. Sans compter les quelques personnes mortes par électrocution. Ces risques ne concernent pas uniquement les électriciens. Tous les corps de métier sont potentiellement concernés. Il faut savoir en effet que même de faible intensité, le passage d'un courant électrique dans le corps humain produit une secousse électrique dès 5 milli-ampère (mA). À 25 mA, il provoque une tétanisation des muscles respiratoires pouvant conduire à l'asphyxie au-delà de 3 min (voir ci-dessous l'encadré sur les effets du courant électrique). Les effets d'une électrisation peuvent être plus ou moins graves, prévient l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Tout dépend de la fréquence et l’intensité du courant, la durée du passage du courant, la surface de la zone de contact, la trajectoire du courant, l’état de la peau (sèche, humide, mouillée) et la nature du sol. Les accidents se produisent surtout pendant les opérations sur des installations fixes basse tension (armoires, coffrets, prises de courant…) mais aussi lors de l’utilisation de machines-outils portatives ou durant une intervention au voisinage de lignes aériennes, de postes de transformation et de canalisations enterrées.  

Température supérieure à 12.000°C

Les accidents peuvent être liés à un contact direct, par exemple, avec une pièce nue sous tension. Ou à un contact indirect lorsque la pièce conductrice a été mise accidentellement sous tension. À ces risques, s'ajoute celui de l'arc électrique dû à un court-circuit lors de l'ouverture ou de la fermeture d'un circuit. 80% des blessures dues à l’électricité résultent de ce phénomène. Sachant que les extrémités de l’arc peuvent atteindre des températures supérieures à 12.000°C, le court-circuit peut entraîner de graves brûlures internes ou externes qui, parfois, s'accompagnent de projections de métal en fusion en cas d'explosion. Selon l'emplacement où il se produit, le court-circuit peut avoir une intensité qui peut aller jusqu'à plusieurs kilo-Ampères (kA). L'arc électrique peut provoquer des brûlures internes, tétaniser les muscles moteurs et la cage thoracique. Voire provoquer une fibrillation ventriculaire pouvant entraîner l'arrêt du coeur. 

Gardiens d'immeubles, peintres et commerciaux peuvent aussi être concernés

Charles Coulon, chef du service
technique Produit Electricité chez
Apave. © Apave
Les risques électriques ne concernent pas uniquement les techniciens travaillant dans l'énergie et les télécoms. « D'autres corps de métier appelés à intervenir sur un équipement électrique sont aussi concernés », explique Charles Coulon, chef du service technique Produit Électricité chez Apave, un groupe de 10.000 personnes spécialisé dans la maîtrise des risques. Parmi les professionnels concernés, citons, entre autres, le gardien d'immeuble qui a la charge de remplacer les ampoules usées, le peintre qui doit déplacer un récepteur électrique. Sans oublier encore les commerciaux qui peuvent être amenés à intervenir à proximité des réseaux haute tension. Conformément à la norme NFC 18-510 (opérations sur les ouvrages et installations électriques ou dans un environnement électrique - prévention du risque électrique), l'employeur doit au préalable mener une évaluation des risques sur les zones où doit intervenir son employé. Ce dernier doit disposer d'un titre d'habilitation décerné par un centre de formation et signé par son employeur. Lequel reconnaît ainsi que son salarié a la capacité d'accomplir en sécurité (vis-à-vis du risque électrique) les tâches qui lui sont confiées. « Cette habilitation est soumise à un test de recyclage dont la durée est fonction des opérations concernées », indique Charles Coulon. Si le résultat est négatif, il devra suivre un stage initial d'une durée qui dépend des habilitations concernées.

La norme NFC 18-510 demande aussi que l'employeur s'assure de la protection collective et individuelle de ses employés. L'INRS recommande notamment les écrans de protection, des éclairages autonomes. À cela s'ajoutent les équipements individuels de sécurité. Entre autres, le tabouret et le tapis isolants, l'échelle isolante ainsi que le vérificateur d'absence de tension. Sans oublier bien sûr les équipements de protection individuelle tels que les gants, vêtements et chaussures isolants.


Protection contre l'arc électrique

Chatard propose une gamme de vêtements chauds
contre le risque d'arc électrique de classe 2.
© Chatard
Une attention toute particulière doit être portée aux EPI destinés à protéger le salarié contre le risque Arc Flash. En cas d'accident, plus de 60 % des blessures se produisent au niveau de l'avant-bras et des mains, 50% au niveau de la tête. Dans moins de 10% des cas, le torse et les jambes sont touchés. En Europe, même si la norme NFC 18-510 précise qu'il est de la responsabilité de l'employeur de réaliser une évaluation du risque électrique de son installation, aucun texte ne préconise de méthodes permettant de définir la classe des EPI et de vêtements de travail à porter lors d’intervention sur les installations électriques à la différence des États-Unis où la norme NFPA 70E ainsi qu'un guide de calcul (IEEE 1584) sont en vigueur. L'enjeu étant d'évaluer les dangers encourus par les opérateurs. « Les entreprises américaines font appel à des experts pour calculer l'énergie qui serait dégagée en cas d'incident encourus de manière à définir le niveau de protection à adopter pour leurs salariés », rapporte Charles Coulon. Ce mode de calcul a d'ailleurs traversé l'océan puisque son utilisation est demandée dans les filiales françaises de groupes américains ainsi qu'à la demande des entreprises françaises à assureurs américains », poursuit le chef de service de l'Apave qui réalise depuis plus de 10 ans ce type de missions sur le territoire Français.

Vers des produits à la fois plus protecteurs et plus légers

« La sensibilisation aidant, les risques électriques sont de mieux en mieux pris en compte par les préventeurs. Ces derniers souhaitent protéger de l'arc électrique leurs salariés qui ne sont pas forcément des électriciens », rapporte Patrick Laffay, directeur général de Chatard basé à Pouilly-sous-Charlieu (Loire) un fabricant de vêtements de protection. Fort de ce constat, l'entreprise a lancé une gamme d'EPI de catégorie 3 contre les risques mortels et irréversibles. Destinés à prévenir des effets de l'arc électrique, ces parkas et blousons multi-normes, disponibles également en version haute visibilité, se placent en classe 2 (7 kA), soit le plus haut niveau de protection. « Nous les avons confectionnés dans des membranes imperméables et respirantes », indique le dirigeant qui dispose de son propre atelier intégré situé en Tunisie. En 2018, Chatard prévoit de compléter cette gamme avec des produits contre l'arc électrique de classe 1 (4 kA). En matière de vêtements de protection, la demande des utilisateurs porte aussi sur des produits à la fois protecteurs mais aussi plus légers. Un besoin identifié par Europrotect, un fabricant de tissus non-feu qui propose différents produits répondant aux exigences de la norme CEI 61482-1-2 de protection à l’arc électrique de niveau 1 et 2. « L’une de nos dernières innovations est un complexe textile multicouches intrinsèquement non feu », fait savoir Sébastien Chatard, responsable R&D chez Europrotect, avec un poids de 380 g/m², ce complexe fait partie des plus légers du marché répondant aux exigences de protection d’arc électrique de niveau 2.

Casque design et protecteur

Le casque Pheos d'Uvex se retire
facilement grâce à son système
magnétique.
© Uvex
L'envie de confort et d'ergonomie est aussi partagée par les porteurs de casque. Un besoin bien compris par l'allemand Uvex Safety Group qui propose un modèle design comportant un casque et une visière fixée magnétiquement. Ce qui permet de l'ôter rapidement. Cette dernière est conçue de sorte que, lorsqu'elle est ajustée en position parking, elle épouse parfaitement la forme du casque. Ce qui évite de solliciter les cervicales. La visière est disponible en classes 1 et 2. Citons par ailleurs le casque Idra2 d'Auboueix qui a conçu une double calotte à écran intégré pour protéger le salarié contre l'arc électrique en électricité basse tension. En outre, des cache-oreilles ont été ajoutés à la jugulaire afin de protéger le salarié qui, en cas d'accident a le réflexe de tourner la tête pour se protéger. Enfin, le casque E-Man du fabricant Infield Safety reste toujours d'actualité. Pesant 525 grammes, cet EPI en ABS est équipé d'une visière anti-buée et anti-UV qui protège le visage contre la projection des métaux en fusion (protection classe 1). « En outre, il est doté d'une double coque isolante et d'une crash box cylindrique intégrée dans la calotte du casque afin de protéger le crâne en cas de chute d'objets », rappelle Nicolas Bialy, directeur commercial de la filiale d'Essilor basée à Habsheim (Haut-Rhin), laquelle vend 16,000 casques E-Man par an.


Risque lié au travail en hauteur

Au risque électrique peut être associé celui du travail
en hauteur. © Audinnov
Au quotidien, les électriciens doivent se protéger de la chute d'objet mais aussi des risques liés au travail en hauteur. « Ces derniers sont en effet accentués lorsque le salarié est en contact avec le courant électrique », rappelle Yves Bugy, PDG d'Audinnov, fabricant de plateformes individuelles roulantes légères et d'échelles professionnelles. L'entreprise basée à Varennes-sous-Dun (Saône-et-Loire) fabrique notamment des produits isolés en composite afin de limiter le risque de conduction. A l'instar d'Hélios, une nouvelle échelle double articulée pour travaux sous basse tension destinée aux techniciens travaillant sous tension dans des zones très encombrées ou dans des escaliers où la gestion du dénivelé est impérative. Ce produit est conforme à la norme  EN 50528:2010 qui concerne les échelles isolantes pour utilisation sur ou à proximité des installations électriques basse tension.  

Eliane Kan

* Le titre  d'habilitation comporte une codification symbolique formée de lettres et de chiffres. La première lettre indique le domaine de tension: B (BT et TBT), H (HT). Le chiffre indique la qualité de la personne : 0 (non électricien), 1 (exécutant électricien), 2 (chargé de travaux électriques). La deuxième lettre précise la nature des opérations pouvant être réalisées: V (travail au voisinage), N (nettoyage sous tension), T (travail sous tension), C (chargé de consignation), R (chargé d'interventions en BT).

Les effets du courant électrique alternatif en fonction de son intensité sur l’organisme humain

- 0,5 mA : perception cutanée
- 5 mA : secousse électrique
- 10 mA : contracture entraînant une incapacité à lâcher prise
- 25 mA : tétanisation des muscles respiratoires (asphyxie au-delà de 3 min)
- 40 mA pendant 5 secondes : fibrillation ventriculaire
- 50 mA pendant 1 seconde : fibrillation ventriculaire
- 2.000 mA : inhibition des centres nerveux

Les principaux facteurs d’accidents d’origine électrique

- Non respect des règles de sécurité lors de la conception ou modification d’une installation électrique
- Mauvais état du matériel et des isolants en particulier (détérioration, coupure …)
- Utilisation inappropriée du matériel (appareil portatif, prolongateur …)
- Habilitation électrique non adaptée à l’opération à réaliser.
- Non-respect des distances de sécurité par rapport aux pièces nues sous tension

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