Gérer les risques aujourd'hui et demain

A Nice, la reconnaissance faciale autorisée pour le carnaval

19-02-2019

La ville la plus vidéosurveillée de France a obtenu de la CNIL l’autorisation de tester le logiciel Any Vision, de l’éditeur monégasque Confidentia, durant la 135e édition de son carnaval. Il s’agit de déterminer si le dispositif de vidéosurveillance est capable de détecter des personnes disparues ou suspectes dans une foule.

Le Carnaval de Nice attire chaque année plus d'un million de visiteurs.
© OTCN - Kelagopian
Avec ses 2 350 caméras, soit une pour 145 habitants, la ville de Nice s’est imposée comme l’une des plus partisanes des outils technologiques de surveillance. Vidéosurveillance intelligente, biométrie et Big Data y prolifèrent pour en faire une Safe City. A l’occasion de la 135e édition de son carnaval, qui attire chaque année plus d'un million de visiteurs, la ville est en train de tester ces 19 et 20 février, Any Vision, le logiciel de reconnaissance faciale de l'éditeur monégasque Confidentia. « Une première en France » selon son maire, Christian Estrosi, qui s'est exprimé lors d'une conférence de presse samedi dernier.

Retrouver une personne disparue ou un suspect

Il s’agit de voir comment cette technologie peut intervenir dans différentes situations problématiques telles qu’un enfant perdu dans la foule, une personne faisant un malaise, ou encore la présence d’une personne dite "d'intérêt". C'est-à-dire une personne recherchée, par exemple « fichée S ». Le dispositif consiste à installer six caméras de vidéosurveillance sur le périmètre de la zone de test. Chaque appareil est équipé d’un puissant logiciel de reconnaissance faciale mis au point par Confidentia. Capable d’identifier une personne grâce à sa photo en 0,2 secondes, même si cette dernière est ancienne de plusieurs dizaines d’années, ce logiciel peut aussi reconnaître un individu qui passe de profil alors même que sa photo le montre de face.

Pour concrétiser cette expérience, la ville a demandé à un millier de personnes volontaires d’accepter de jouer les “cobayes”. Chacun doit fournir une photo d’identité, qui sera mémorisée au sein du logiciel de reconnaissance faciale. De quoi permettre au logiciel de passer au crible la foule afin d’y rechercher une personne disparue ou suspecte. Quant aux personnes qui ne sont pas concernées par ce test, leur visage sera brouillé et donc impossible à reconnaître à l’image.

Un projet validé et encadré par la CNIL


« Nous avons reçu l’accord de la Commission Nationale Informatique et Libertés [CNIL]​ vendredi et, en fait, nous avons commencé à tester le logiciel dès samedi », a indiqué le maire lundi soir. Précisant que « les textes en vigueur n’interdisent pas, par principe, l’expérimentation envisagée. » En contrepartie, la commission donne un cadre très strict à cette expérimentation afin d’éviter toute dérive. Elle impose ainsi que des panneaux informatifs à destination de la population soient installés. Elle invite également la ville à « veiller strictement » au « consentement de l’ensemble des personnes concernées ». Enfin, un rapport devra être remis à l’instance dans un délai de deux mois.

Il faut savoir que Christian Estrosi n’en est pas à son coup d’essai. Il a fait de la reconnaissance faciale son fer-de-lance depuis l'attentat au camion-bélier du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, qui avait fait 86 morts. Quelques semaines avant cette attaque, à l’occasion de l’Euro 2016, il avait même déjà réclamé - en vain - auprès du gouvernement la permission d’appliquer ce dispositif dans une fan zone.

Des projets nombreux et contestables

Depuis, le maire de Nice négocie ardemment avec le gouvernement pour démocratiser cette technologie. En mars 2018, il est débouté par la CNIL pour un projet très controversé : il souhaitait mettre à disposition de ses riverains une application smartphone israélienne, Reporty, capable de signaler à la police un incident commis dans la rue par vidéo. Un collectif « anti-Reporty » s’était formé, dénonçant en février « un risque de délation généralisée et une atteinte grave à la vie privée ».

Plus récemment, en décembre dernier, le maire avait voulu obtenir auprès du préfet la liste des « fichés S » de sa ville, afin de « pouvoir suivre toutes les allées et venues, dans les transports en commun, dans les artères, dans les lieux publics, les individus en question ». Et ce, grâce à un logiciel de reconnaissance faciale connecté au réseau des caméras de la métropole. Enfin, dès mars prochain, un des lycées de la ville figurera parmi les premiers dans l’Hexagone à exploiter un logiciel de reconnaissance faciale, à des fins sécuritaires et pédagogiques.

La CNIL s’inquiète


Pour la CNIL, qui est le gendarme de la protection des données, il est crucial de se méfier des dérives occasionnées par les outils de surveillance. En octobre 2017, elle avait d'ailleurs publié une synthèse des travaux sur les « données personnelles au cœur de la fabrique de la Smart City », où elle mettait en garde sur les risques pour la vie privée et les principes de consentement du développement des technologies numériques urbaines.

Ségolène Kahn

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