Gérer les risques aujourd'hui et demain

Smart et Safe City : Dijon prend la tête de file

15-05-2019

La France compte pas moins de 24 projets de villes intelligentes. Au sein de cette effervescence, cinq agglomérations (Nice, Issy-les-Moulineaux, Saint-Étienne, Toulouse et Valencienne) misent sur des projets expérimentaux liés à la sécurité. Mais c’est Dijon qui concocte le projet le plus ambitieux en matière de Smart & Safe City, avec OnDijon.

Sur les 24 projets de Smart City en France, treize villes
de moins de 250 000 habitants sont sur la ligne de départ.
© Carto
22 villes sur les 24 projets de Smart City en France ont nommé un responsable pour orchestrer leur démarche globale de ville intelligente. Bien sûr, les grandes métropoles comme Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux ou Nantes se sont lancées dans la course. Mais treize villes de moins de 250 000 habitants sont également sur la ligne de départ. Pour la grande majorité d'entre elles, la stratégie de Smart City est pilotée par leur métropole ou agglomération. Dix-sept villes, soit près des trois quarts, recourent à l'open data, c'est-à-dire à l'ouverture des données publiques, notamment celles des transports en commun. L'objectif étant de les rendre disponibles en temps réel aux entrepreneurs ou aux citoyens, afin de développer des services intelligents. Par ailleurs, les villes de Béthune, Brest Métropole, Mulhouse Alsace Agglomération, Nantes Métropole, Paris, Plaine Commune, Roubaix et Toulouse ont ouvert des plateformes participatives donnant la parole aux habitants, aussi bien pour suggérer des idées et améliorations que pour signaler un problème aux services de la mairie.

Peu de projets en sécurité

A l’occasion du carnaval de Nice, Christian Estrosi, maire
de la ville, a expérimenté la reconnaissance faciale.
© Capture à partir de France 3
Pour l’heure, les projets de Safe City sont assez peu nombreux, comme le rapporte une enquête de Jamal El Hassani du JDN. On peut, toutefois, citer la métropole Nice Côte d'Azur (06), qui a expérimenté à l'occasion de son célèbre carnaval le logiciel de reconnaissance faciale Any Vision de Confidentia. La métropole dispose aussi d’un hyperviseur urbain et d’une plateforme de prévision des risques d'inondations fluviales. De son côté, Issy-les-Moulineaux (92) s’intéresse aussi à l’intelligence artificielle, et en particulier aux outils prédictifs d'aide à la décision appliqués à la circulation urbaine à partir de données de sources multiples (open data, capteurs, réseaux sociaux). La ville travaille, en outre, sur un programme sino-européen d’IoRL (Internet of Radio Light) utilisant le réseau Li-fi. Pour sa part, Saint-Étienne Métropole (42), qui installe des mobiliers urbains communicants, est en train de tester un système de détection automatique de bruits suspects. De son côté, Valenciennes Métropole (59) s’est déjà dotée d’un poste de commandement centralisé avec vidéosurveillance intelligente.

OnDijon décloisonne les services

OnDijon fait de la capitale bourguignonne la Smart City
la plus avancée de France. CC Toutaitanous
Incontestablement, c’est Dijon Métropole (248 000 habitants), à savoir les 23 communes du territoire, qui prend la tête des Smart Cities françaises avec son programme OnDijon, doté d’un budget de 105 millions d’euros sur douze ans - investissements et maintenance compris. « La métropole ne devient pas « intelligente » en se munissant de capteurs, expliquait le 11 avril dernier lors de l’inauguration François Rebsamen, maire de Dijon, président de Dijon Métropole et ancien ministre du Travail. Dans ce projet, nous avons avant tout souhaité répondre aux nouveaux besoins et usages des citoyens, en rendant plus efficaces les services publics, et moderniser nos administrations grâce aux outils numériques. » Sous le même poste de pilotage, son hyperviseur regroupe les six postes de commandement qui coexistaient auparavant : le PC de sécurité, le PC de police municipale, le centre de supervision urbaine, le PC de circulation, le PC Neige et le service Allo Mairie. Pour la plupart, ces postes de commandement ne servaient que la ville de Dijon. Avec un tel décloisonnement et à une telle échelle, OnDijon est la réalisation de Smart City la plus importante de France. Sous la houlette de Bouygues, le groupement d’entreprises, comprenant Capgemini, EDF (via sa filiale Citelum) et Suez, n’aura mis qu’un an entre la signature du contrat et la mise en service du poste de pilotage.

Faire interagir les différents services de l’agglomération

Le poste de pilotage d’OnDijon met en interaction six postes de commandement jusqu’ici séparés. © Suez
Depuis le 11 avril, OnDijon permet de piloter à distance les équipements urbains des 23 communes de la métropole, comme les feux de circulation, l’éclairage public, les caméras de vidéosurveillance, les services de voiries… Et d’assurer la sûreté et la sécurité de l’espace public pour la gestion de crise (neige, inondations, etc.), la sûreté des bâtiments publics (incendie, intrusions, contrôle d’accès, etc.), la vidéoprotection et les interventions de la police municipale. A cet égard, 269 caméras de vidéosurveillance seront renouvelées et dix nouvelles seront implantées chaque année. En outre, le service simplifie et coordonne les interventions et les travaux d’entretien des services de la métropole sur l’espace public (encombrants, voirie, espaces verts, propreté).

Et ce n’est pas tout ! OnDijon orchestre la mobilité des habitants en coordonnant les modes de transports et les déplacements sur le territoire. Par ailleurs, le poste de pilotage permet aussi de gérer les 630 appels entrants quotidiens du portail téléphonique dédié aux demandes des habitants. Qui plus est, les systèmes de détection incendie et intrusion de la bibliothèque municipale et de la patinoire ont été remplacés récemment. Ces systèmes de détection décèlent de manière précoce un éventuel départ de feu et repèrent toute activité anormale ou suspecte dans les bâtiments. A terme, ils seront déployés dans quelque 180 bâtiments publics.

Des économies réalisées sur l’éclairage

Le modèle économique d’OnDijon consiste à financer
de nouveaux services numériques grâce aux économies générées.
© Suez
Autre aspect remarquable, OnDijon ouvre la voie à un modèle économique innovant dans la mesure où les économies générées (consommations d’énergie, frais de maintenance, etc.), notamment en matière d’éclairage public, vont contribuer à financer de nouveaux services numériques. Plus précisément, Citelum a misé sur des LED télégérées (34 000 à terme) sur l’intégralité du parc avec un objectif de 65% de l'énergie au terme du contrat, ainsi que des coûts d’entretien divisés de moitié. La société s’appuie sur Muse, une plateforme développée par sa filiale Citégestion, qui référence les équipements, gère l’interaction des acteurs, archive l’historique des événements de l’espace urbain et met ses données à la disposition des autres services de la métropole. Dans ce grand projet de gestion de l’espace public, Suez apporte, pour sa part, son expertise de concepteur et d’intégrateur de systèmes urbains complexes et d’opérateur capable d’assurer la performance du projet dans la durée, en matière d’exploitation et de maintenance à long terme des infrastructures concernées. Enfin, c’est Capgemnini qui a développé la plateforme de pilotage connectée qui « constitue l’ossature de la ville intelligente », précise Jérôme Siméon, PDG de Capgemini France. Une chose est sûre, OnDijon entend bien conserver son avance. A ce titre, « un nouvel écosystème d’enseignement soutenu par le groupement se met actuellement en place, indique Martin Bouygues, PDG du groupe Bouygues, avec le lancement d’une chaire universitaire unique en France, dédiée à la Smart City et à la gouvernance de la donnée à l’Université de Bourgogne. »

Erick Haehnsen

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